Sur Internet :
- des gens produisent du contenu ( des journalistes, des artistes...)
- des société hébergent ce contenu ( site web ad hoc comme lemonde.fr ou plateforme comme Artstation, twitter,...)
- d'autres les recensent et organisent ( Google mais aussi facebook ou twitter avec leurs algos ! )
- et enfin, une dernière catégorie de plateforme, souvent la même que celle qui hébergent, permet de consommer le contenu
Si vous publiez une video sur Youtube, vous êtes la créatrice du contenu, youtube l'héberge, Bing ou Google le recensent, Bluesky peut l'afficher. ( il y a quelques nuances à tout ça mais simplifions …). Internet est un réseau de tubes dans lequel on injecte des contenus.
Mais ces dernières années, ce contenu a été accaparé par les plateformes, le modèle était "tu upload ton contenu sur notre plateforme, il nous appartient, on en contrôle l'accès et éventuellement on te reverse une partie des bénéfices qu'on fait avec" Et évidemment, tout ca fonctionnait parce qu'en réalité, ce qui était vendu c'était les consommateur/ices de contenu.
L'argent sur internet ne provient pas de personnes qui achètent ce que produisent d'autres personnes mais de plateformes qui vendent à des annonceurs l'attention qu'elles ont réussi à capter chez des individus. Attention captée par l'exposition gratuite du contenu d'autres personnes.
Pourtant il n'y a aucune raison valable pour ca.
le prix du web
Si je suis, disons, une autrice de bd, mettre mes bd en ligne, lisible par 2 millions de personnes sans que le serveur n'explose me couterait actuellement 12€ par mois de bande passante et 15€ par an de nom de domaine. 159€ par an soit sans doute autant que les dépenses en peintures et pinceaux d'une artiste tradi. Et mettre un bouton paypal ne coute rien. Et les gens qui aiment lire la bd pourraient soutenir l'artiste en donnant 1€ par mois. Et si ils étaient 3000, ca permettrait à l'artiste de vivre à peu près correctement tout en cotisant pour sa retraite et l'assurance maladie
Mais ça ne s'est pas passé comme ça pour, à mon avis, 3 raisons
- Quoi que moi j'en crois en tant que développeur, le palier technique à l'entrée est en fait grand. Faire un site web vs ouvrir un compte vite fait sur Instagram ? Zero sujet jusqu'à présent
- La vitrine. C'est chouette de faire son site web chacun dans son coin mais les lecteurs et lectrices ne sont pas des petits chercheur/euses d'or qui parcourent tout le web à la recherche de la pépite. Non, ce qu'on aime c'est un gros hub centrale qui nous balance une joli vitrine déjà présélectionnée et où on a juste à choisir.
- Le micropaiement n'existe pas. Coté lecteur, sortir sa CB, voir ouvrir un compte paypal / kofi / Patreon / whatever quand j'ai lu une bd rigolote de 4 cases, c'est bof. Coté artiste, sur 1€ je vais me faire éclater 25c par le fournisseur de paiement , qui en plus peut décider de son coté de ne plus accepter le paiement pour mes produits parce que il y a un perso LGBT ou un téton féminin visible
On aurait pu penser que le web aurait permis l'émergence de circuits courts mais au final, des années après, c'est le modèle classique qui domine : les économies d'echelles favorisent les gros acteurs ( il est plus facile de mettre 10 000€ dans un site web pour Naver que pour une autrice de webtoon) et plutôt que de se disperser, la consommation se réduit à quelques plateformes dans lesquelles il est impossible de ne pas être si on veut exister. Quand au paiement, ce n'est pas le modèle dominant sur Internet, habitués au contenu gratuit permis à la fois par l'exploitation des créatrices et créateurs de contenus et la vente du temps d'attention des consommateurs et consommatrices des contenus.
Evidemment, rien de nouveau ici, le phénomène s'était déjà produit avec la presse et la télé. Faire un journal ce n'est pas rentable mais vendre les lecteurs d'un journal à des annonceurs, ca aide. Il y a une sorte de fatalité avec les médias, dont on dirait que personne n'est prêt à accepter le prix que ca coute de produire un média de qualité. Que ce soit de l'information de qualité ou un feuilleton bd.
Les journaux d'informations ont commencé à sortir de cette phase et leurs lecteurices aussi. Mediapart, Les Jours, … Je ne connais pas le détail de leurs revenus mais force est de constater qu'ils existent encore et produisent du contenu de qualité sans avoir recours à la pub ou la vente de temps d'Attention de leurs lecteurices. Je ne sais pas si un modèles similaire est possible dans la bd, de nombreuses tentatives ont déjà échoués, mais j'espère que oui.